Épilogue


L'existence d'un au-delà est le plus grand témoignage de la raison.


D'abord, les questions que la raison amène, telles que «Où sommes-nous ?», «Où allons-nous», «Que sommes-nous», suggèrent l'existence d'un vaste univers au-delà de notre perception sensorielle. D'où provient que nous ayons telle forme, telle nature, tel pays, telles idées, etc. ? On ne peut guère se contenter de décrire ces mécanismes et leur fonctionnement et prétendre, comme le font quelques scientifiques aujourd'hui, qu'on y trouve la moindre explication.

À ce propos, voici ce que le vrai Platon écrivait dans le Phédon :



XLV - « Socrate - Dans ma jeunesse, j'avais conçu un merveilleux désir de cette science qu'on appelle la physique. Il me semblait que c'était une chose magnifique de connaître la cause de chaque chose, ce qui la fait être, ce qui la fait périr, ce qui la fait exister. (...)

XLVII - Mais je ne tardais pas, camarade, à tomber du haut de cette merveilleuse espérance. Car, avançant dans ma lecture, je vois un homme qui ne fait aucun usage de l'intelligence (en parlant des lectures d'Anaxagore) et qui, au lieu d'assigner des causes réelles à l'ordonnance du monde, prend pour des causes l'air, l'éther, l'eau et quantité d'autres choses étranges. Il me sembla que c'était exactement comme si l'on disait que Socrate fait par intelligence tout ce qu'il fait et qu'ensuite, essayant de dire la cause de chacune de mes actions, on soutînt d'abord que, si je suis assis en cet endroit, c'est parce que mon corps est composé d'os et de muscles, que les os sont des durs et ont des joins qui les séparent, et que les muscles, qui ont la propriété de se tendre et de se détendre, enveloppent les os avec les chairs et la peau qui les renferme, que, les os oscillant dans leurs jointures, les muscles, en se relâchant et se tendant, me rendent capable de plier mes membres en ce moment et que c'est la cause pour laquelle je suis assis ici les jambes pliées. C'est encore comme si, au sujet de mon entretien avec vous, il y assignait des causes comme la voix, l'air, l'ouïe et cent autres pareilles, sans songer à donner les véritables causes, à savoir que, les Athéniens ayant décidé qu'il était mieux de me condamner, j'ai moi aussi, pour cette raison, décidé qu'il était meilleur pour moi d'être assis en cet endroit et plus juste de rester ici et de subir la peine qu'ils m'ont imposée. Car, par le chien, il y a beau temps, je crois que ces muscles et ces os seraient à Mégare ou en Béotie, emportés par l'idée du meilleur, si je ne jugeais pas plus juste et plus beau, au lieu de m'évader et de fuir comme un esclave, de payer à l'État la peine qu'il ordonne.

Mais appeler causes de pareilles choses, c'est par trop extravagant. Que l'on dise que, si je ne possédais pas de choses comme les os, les tendons et les autres que je possède, je ne serais pas capable de faire ce que j'aurais résolu, on dira la vérité ; mais dire que c'est à cause de cela que je fais ce que je fais et qu'ainsi je le fais par l'intelligence, et non par le choix du meilleur, c'est faire preuve d'une extrême négligence des expressions. C'est montrer qu'on est incapable de discerner qu'autre chose est la cause véritable, autre chose ce sans quoi la cause ne saurait être cause. C'est précisément ce que je vois faire à la plupart des hommes, qui, tâtonnant comme dans les ténèbres, se servent d'un mot impropre pour désigner cela comme la cause. Voilà pourquoi l'un, enveloppant la terre d'un tourbillon, la fait maintenir en place par le ciel, et qu'un autre la conçoit comme une large huche, à laquelle il donne l'air comme support. Quant à la puissance qui fait que les choses sont actuellement disposées pour le mieux, ils ne la cherchent pas. »(...)


De même que l'on peut appeler une ville Paris parce qu'il y en a mille autres différentes, au sein d'une unité que l'on appelle «la France», de même, nous pouvons dire que l'univers matériel, avec ses lois scientifiques arbitraires, n'est qu'une variété parmi d'autres dimensions, dont les lois scientifiques sont toutes différentes, où il n'y a ni lumière, ni temps, ni gravité, ni espace, ni mathématiques, etc...

Ainsi, l'univers suprême n'est pas autre que l'infini car l'infini englobe toutes les variétés, dont notre univers matériel.

Quant à l'hypothèse du hasard, elle n'est guère possible car le hasard ne sert pas à autre chose qu'à excuser notre ignorance des causes véritables. Nous appelons « hasard » le fait de jeter des dés alors qu'il y a des causes comme l'air, le sol, le mouvement de nos mains. En quoi serait-ce différent concernant les causes des lois scientifiques ? D'ailleurs, on n'a jamais vu un dé se lancer et se réaliser lui-même, or l'univers serait un hasard qui s'est lancé et s'est réalisé lui-même.


Science et miracles.


Je souhaiterai dire un petit mot sur les miracles, bien qu'il n'en ait pas été question pendant le livre. Mais les miracles sont, à mon avis, la meilleure preuve d'une volonté intrinsèque dans toute chose qui est. C'est à tort qu'on les critique et que l'on prétend qu'ils n'existent pas. Les scientifiques qui les détractent amènent seulement la preuve qu'ils n'ont pas transgressé les lois scientifiques de l'univers matériel. Mais cela ne constitue aucune preuve de leur inexistence. Le fait miraculeux ne tient pas de la transgression ou de la non-transgression d'une loi – ce qui serait totalement impossible, car Dieu ne fait pas des lois pour les transgresser ensuite – mais de l'occurrence rarissime qui se produit à un moment qui témoigne nécessairement d'une volonté divine. Si par exemple untel demande à Dieu tel miracle et qu'il se produit au même moment, il y a miracle. Mais si ce «miracle» était arrivé une minute avant, il n'y aurait pas eu de miracle. Le miracle, c'est la synchronisation.


La religion, des épreuves difficiles.


L'une des critiques que subissent souvent la spiritualité et de la religion, c'est que les croyants les utilisent pour espérer qu'ils ne mourront pas. Ce n'est pas vrai pour tous. Lorsque la religion est pratiquée sérieusement, on se rend compte qu'elle exige des épreuves difficiles, qu'elle nous libère de notre condition mortelle, non pas au sens où notre forme humaine ne mourra plus, mais au sens où sans forme, nous ne saurions la perdre. Pour les adeptes du bouddhisme, de l'hindouisme, et quelques chrétiens, il n'est plus question de corps ni de forme ni d'aucune notion en Dieu. Ainsi, on ne saurait être en Dieu et jouir de plaisirs conditionnés. On ne saurait être qu'un être. Et non être ceci ou cela.

La religion fait certes miroiter un salaire mais elle exige avant tout des épreuves. En aucun cas, on ne doit pratiquer la religion en vue de se justifier, mais en vue d'être juste. C'est parce qu'on est juste qu'on est un bon religieux ; c'est parce qu'on l'on remporte des victoires que l'on a du mérite ; c'est parce que l'on se détache de l'inertie du corps et des dépendances qui nous assujettissent gravement que l'on peut enfin être «soi» au sens divin, c'est-à-dire être l'être indépendant dont tout dépend.

De nos jours, avec l'accessibilité à toutes les religions du monde, il est possible de se faire une confession pluri-religieuse, en prenant un peu de bouddhisme, un peu de christianisme, un peu de judaïsme, etc... Il y a un danger à cela. L'avantage est de pouvoir comparer les différentes religions et de se rendre compte qu'au fond elles apportent un message identique. Il s'agit de s'extirper des dépendances, c'est-à-dire de ce qui s'oppose totalement à la nature de l'esprit – laquelle est de commander, donc d'être indépendant, et non d'être commandé.

Le danger est de retirer de chacune des religions le peu qu'il nous plaît. Celui qui se fait une religion avec toutes les doctrines a ainsi un champ plus large dans lequel il peut puiser le plus facile. On entend de plus en plus parler des chakkras, de la réincarnation, de la sexualité tantrique ou taoiste, du respect des idées de chacun, mais il faut savoir que dans les textes ces quelques aspects ont été pratiquement dédaigné ; ils sont bien en marge des épreuves attendues et nécessaires pour comprendre l'insignifiance de nos préoccupations originelles et s'en extraire. Peut-être que, en effet, les chakkras existent, mais si ce n'était pas le cas, cela ne changerait rien et il y a beaucoup de textes bouddhiques ou hindouistes fondamentaux qui n'en parlent pas. De même en ce qui concerne la réincarnation.


De plus, la sexualité confondue avec la religion exprime bien cette utilisation perverse que nous en faisons depuis peu. Ce qui est sexuel tend a posséder l'esprit en le ployant à l'aide de pulsions très fortes. Un esprit fort est capable à l'inverse de ployer ces pulsions pour n'en faire que de la poussière. Un esprit fort est capable de désobéir à toutes les bornes parmi lesquelles en voici six principales :

  • Les passions car elles nous obligent à épouser leur but qui n'est pas partagé par l'esprit, si on songe comment devrait être l'esprit : serein, satisfait, heureux de lui-même...

  • Les significations, car c'est par elles que nous n'avons qu'une seule vision des choses. Là où il y a l'infinité, nous ne voyons qu'une chaise avec quatre pieds et un dossier. Ainsi, qui se dit de la chaise qu'elle sert à s'asseoir oublie une infinité de qualités. Et même celui qui verrait dix autre utilisations ne verrait qu'une infime proportion des choses. C'est pourquoi il faut être ignorant.

  • La personnalité, car elle nous rend dépendant d'une idée de nous-même que nous n'avons pas choisie. Nous avons un préjugé selon lequel nous entrons dans un moule d'attitudes et nous y obéissons. Quelle esclavagisme !

  • Les plaisirs et les douleurs, car ils violent notre sérénité. Ils tentent de nous faire épouser leur mouvement inconstant. Le plaisir et la souffrance ne sont que des masques qui s'ôtent et se remettent au son d'une valse incontrôlable. L'homme qui se soumet aux plaisirs est comme quelqu'un sans pouvoir pour empêcher que les masques joyeux et tristes s'appliquent à lui.

  • L'individualité, car elle n'a aucun fondement. L'esprit est unique, et si nous plongeons à l'intérieur de nous-même nous faisons union avec cet Esprit global. La matière, en revanche, est infiniment compartimentée : en galaxies, en planètes, en chair, en molécules, en atomes, en électrons, etc... C'est la synthèse des deux qui produit l'individualité. D'ailleurs, si on y réfléchit bien, il ne pourrait pas y avoir de raison valable à l'individualité en l'au-delà. La raison ici-bas en est la compétition, qui fait mourir ceux qui ne satisfont pas leur besoins avec égoïsme. Mais en l'au-delà, quelle compétition y a-t-il encore ?

  • Les distractions, enfin, et toute envie quelconque, car, bien qu'elles n'obéissent pas à un but passionnel et n'apportent pas nécessairement un plaisir ou une douleur, elles ne sont d'aucune utilité.


C'est tout cela qu'il faut surmonter. Le christianisme y incite, notamment par la dénonciation des 7 péchés capitaux qui englobent une grande partie des dépendances. La pudeur dans le christianisme n'était autre, à l'origine, qu'une grande méfiance à l'égard d'un terrible mal de l'esprit : celui de se soumettre aux dépendances. Dans le bouddhisme, le caractère de libération à l'égard des dépendances est trop évident pour qu'il soit utile d'en parler. De même dans l'hindouisme. Le cynisme, le stoïcisme, les philosophie socratique et pythagoricienne, le taoïsme, furent, ce me semble, des philosophies toutes développées selon l'axe de libération de l'esprit. Le judaïsme extrême des esséniens l'était également.


La méthode pour comprendre l'insignifiance de notre monde, son absurdité et son effacement devant une réalité supérieure est d'envisager l'utilité de chacune des notions qui nous entourent. On voit bien que dans, un au-delà englobant tout, elles ne peuvent pas avoir une quelconque réalité car elles n'ont aucune utilité.

Ainsi en est-il pour l'individualité. De même en est-il pour le temps qui existe seulement pour permettre le mouvement, qui existe seulement parce que la matière existe. Ce qui n'a pas de réalité non plus en l'au-delà, c'est notre réflexion humaine parce qu'elle nécessite un cerveau et une séparation d'avec le tout et notre forme humaine parce qu'elle n'est pas plus spirituelle que la forme d'un cochon ou d'une vache.


Partir quotidiennement à la poursuite de préoccupations telles que le métier, la famille, le plaisir, etc, est vain. La preuve est qu'il faut aussitôt recommencer. Et à chaque fois on en devient un peu plus vieux, et à chaque fois on en oublie sa propre nature spirituelle. On court des dangers. Finalement tout ce que nous avons entrepris disparaît un jour. À quoi bon ?

Ou bien il n'y a pas de Dieu, ce qui serait bien absurde, car alors l'univers serait comme une horloge sans mécanisme interne, ou sans horloger (Voltaire). Et dans ce cas, de toute façon, il serait inutile de vivre, le temps nous menant, comme chaque chose, à notre terme. Ou bien il y a un Dieu et le repos est de se réveiller de ce monde absurde pour contempler ce que nous sommes en réalité, « Dieu ». Pour qui a un minimum d'intelligence, il convient de rendre son âme plus pure, au moins par doute.


L'inutilité de la science.


La science à deux côtés : le progrès et la connaissance. La connaissance est totalement inutile car elle revient à désigner d'un seul doigt une chose qui en nécessiterait une infinité. L'univers, en effet, est infini. Le seul moyen viable de connaître l'univers est de faire fusion avec celui-ci. Je n'en connais pas d'autre que la voie spirituelle.

Quant au progrès, il fait que les hommes s'enferment individuellement dans leur voiture, dans leur appartement. La campagne qui était autrefois un terrain facile à traverser est maintenant une ville parcourue de routes risquées et bruyantes, se comportant en véritables assassins et agresseurs, et cette ville est jonchée d'immeubles laids qui cachent la lumière. De plus, l'homme qui n'est qu'un tas de boue espère posséder un tas de boue. Il met donc des murs. Ces murs volent aux autres hommes les paysages. Ils volent aux autres hommes le droit de passer. Ce sont de véritables agressions. Avant, l'homme avait tout sur place.

Internet est le summum de l'illusion. Avec lui, on peut certes communiquer à l'autre bout du monde et faire des rencontres intéressantes. Mais on ne connaît plus ses voisins et on ne parle plus avec les personnes dans la rue. Ajoutée à la terrible télévision, cela a considérablement pollué les mentalités fragiles.

Ce que nous avons créé avec cette société matérialiste est non seulement un véritable fléau pour l'esprit au sens ou cela excite la dépendance qui le rend impuissant. Mais encore l'homme est matériellement moins heureux. Il doit travailler dans des conditions d'usine, de supermarché, dans des métiers excessivement monotones. Il doit supporter les pollutions. Il doit se déplacer des heures pour se rendre à son travail. Il doit subir les messages publicitaires idiots. Il est isolé car il n'a jamais le temps de discuter pour faire des connaissances. Il est malheureux car il a oublié sa nature profonde, divine. Et je ne parle pas des armes qui accompagnent inévitablement tout progrès. L'homme est plongé dans un cauchemar et il a oublié qu'il ne faisait qu'un rêve.

Si nous vivions dans la jungle, au milieu de l'Afrique, nous aurions des fruits toute l'année, nous n'aurions pas à travailler, et la jungle serait riche en occupations de toute sortes. Il n'y aurait ni pollution, ni possession, ni méchanceté, ni terrorisme, ni blocages... Mais voilà, la société a fait de nous des rouages de mécanisme.


C'est pourquoi je prie Dieu pour que la science et les progrès s'arrêtent. Je prie Dieu pour que les états disparaissent. Je prie Dieu pour que l'unique possession considérée soit l'esprit et non la matière. Je prie Dieu pour que l'homme ne tue plus ni humain ni animal. Et si vous êtes touchés par les idées de ce livre, faites donc ce premier pas de ne pas tuer.




Livre gratuit : l'auteur souhaite que ce livre soit gratuit et accessible pour tous, car la sagesse est inspirée gratuitement et anonymement par la divinité elle même. Vous pouvez l'imprimer et le diffuser autant que vous souhaitez. (Tous droits réservés Elie Béteille)